La peinture de Grosclaude met en jeu bien des résistances : les siennes, mais aussi celles qu’elle provoque chez qui la regarde ; elle s’accommode mal à la classification, aux catégories, aux références de la critique mais surtout elle ne s’accommode guère de ses jugements. Ne cherchant pas à séduire, elle se soustrait, tant que faire se peut, à toute tentative d’assujettissement.
Si du moins, pour notre tranquillité, nous pouvions l’affubler des oripeaux de l’art brut ! Malheureusement Grosclaude ne se porte pas si mal : chaque matin, comme un petit fonctionnaire, il gagne son atelier bien installé, bien chauffé. De plus il, en son temps, fréquenté l’École, et il prétend aujourd’hui faire commerce de son art.
Grosclaude n’en échappe pas pour autant à l’histoire, ni même à la modernité : il appartient pleinement à cette classe d’artistes pour qui l’art est Ie libre exercice de sentiments personnels irréductibles, et qui payent celle liberté, que la société leur concède, au prix d’un total isolement. II s’agit donc, disons-le, d’une peinture d’expression, mais tout entière confinée dans un mouvement de soi a soi ; non que le vécu intime, la charge d’inconscient, les sentiments, dont elle est la manifestation, soient objet de délectation narcissique – ou inversement d’exhibitionnisme : c’est au contraire pour les exorciser, les rendre supportables, ou même s’en défaire, que Grosclaude tente avec obstination de leur donner corps sensible, de leur donner forme. Nulle complaisance donc, ni même de visée esthétique à proprement parler, dans ce travail lent, perfectible, besogneux, fait de ratages et de repentirs, de tâtonnements et d’imperceptibles mutations, que masque l’emportement, la violence des apparences.
Mais qu’en est-il enfin de ce que l’on voit, de la forme, de ces apparences justement ?